Le Big data est-il l'Eldorado des gouvernements ouverts ?

Thomas Bizet

Résumé

[extract] À la fin du 17esiècle, des scientifiques et économistes anglais se mettent à espérer avec Sir William Petty une « arithmétique politique ». Cette science est définie par Charles Davenant, un élève de Sir Petty comme « l’art de raisonner avec des chiffres sur des objets relatifs au gouvernement. »

En 1751, Diderot inclut dans l’Encyclopédie un article relatif à cette arithmétique particulière, il y écrit que ces « opérations ont pour but des recherches utiles à l’art de gouverner les peuples, telles que celles du nombre des hommes qui habitent un pays ; de la quantité de nourriture qu’ils doivent consommer ; du travail qu’ils peuvent faire ; du temps qu’ils ont à vivre ; de la fertilité des terres ; de la fréquence des naufrages, etc. On conçoit aisément que ces découvertes et beaucoup d’autres de la même nature, étant acquises par des calculs fondés sur quelques expériences bien constatées, un ministre habile en tirerait une foule de conséquences pour la perfection de l’agriculture, pour le commerce tant intérieur qu’extérieur, pour les colonies, pour le cours et l’emploi de l’argent, etc. Mais souvent les ministres (je me garde de parler sans exception) croient n’avoir pas besoin de passer par des combinaisons et des suites d’opérations arithmétiques : plusieurs s’imaginent être doués d’un grand génie naturel, qui les dispense d’une marche si lente et si pénible, sans compter que la nature des affaires ne permet ni ne demande presque jamais la précision géométrique. Cependant si la nature des affaires la demandait et la permettait, je ne doute point qu’on ne parvînt à se convaincre que le monde politique, aussi bien que le monde physique, peut se régler à beaucoup d’égards par poids, nombre et mesure. »

Aujourd’hui, la « nature des affaires » semble permettre, d’approcher tout du moins, la « précision géométrique ». L’évolution extraordinaire des technologies de traitement de données permet d’entrevoir des développements phénoménaux dans la tradition de « l’arithmétique politique ». Ces développements sont influencés notamment par la démarche de recensement et d’ouverture des données détenues par les administrations dans le contexte du « Gouvernement Ouvert ». 

Les chiffres sont en train de dévorer le monde pour paraphraser la citation de Marc Andreessen avec l’explosion de la création, de la collecte et de la circulation des informations et des capacités et des modalités de traitements de celles-ci.

Pour saisir cette explosion, le terme « Big data » a été utilisé de très nombreuses fois. Il sera ici utilisé pour faire référence aux grandes quantités d’informations recueillies sur de nombreuses personnes ou choses utilisant de nombreux périphériques et aux traitements de ces informations.  En effet, plus que la seule volumétrie, ce qui caractérise le “Big data” c’est la capacité à relier des données avec d’autres jeux de données, à les agréger et à chercher autant dans le contenu même de ces données que dans les informations contextuelles sur celles-ci. Le volume et la variété des données permettent d’accroître la précision des algorithmes - les modèles utilisés pour traiter les données - par exemple pour effectuer des recherches dans le champ des analyses prédictives.

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